Ma mère se nommait Germaine LOREE et je veux croire que ce patronyme - en l’orthographiant avec l’apostrophe tel qu’il est avéré dans les archives - est à l’origine de ma démarche artistique.
   « L’orée », c’est la lisière, la limite, la frontière, l’entre-deux… Et c’est dans cette faille étroite, ce vide, cette absence, ce désir, cette attente, cette brèche bienheureuse ou désolante,  que je crée.
  
    Je peins (je peins ?) sans doute parce que je ne sais pas écrire…A moins que ce ne soit le contraire : j’écris  (j’écris ?)  parce que je ne sais pas peindre…Vaines questions au fond, car tout œuvre d’art est écriture qui renvoie, plus qu’à la nature, aux écritures dont on a perdu la clef (ou aux futures dont on ne possède pas encore le code),  à de réels répertoires de signes dont se sont détachées toute intention et toute signification.
  
   L’écriture manuscrite disparaissant progressivement de nos habitudes quotidiennes au profit du traitement de texte, du clavier et de réalisations scripturales entièrement médiatisées par les machines, l’épure du peintre restera peut-être bientôt le seul espace d’accomplissement des anciens gestes d’écriture ; un espace de pure jouissance graphique et de performance de la main aux confins du lisible et du visible, où se retrouverait un sens sacré du signe, sorte de nouveau hiéroglyphe porteur de mémoire de l’ancien monde et d’une mémoire pour demain.
 
   Notre pensée arrive à son terme là où tout commence…Ce pourrait être désespérant mais se poser la question du commencement est  la passion la plus intime de notre pensée, c’est-à-dire ce qui, en fin de compte, fait exister tout questionnement authentique…
                                                                               
   Je suis sur le seuil, devant la porte…
                                                       
                          Joël MOUTEL.